Lycéens autistes

Emmanuelle Deleplace, publié le 03/04/ 2019

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La classe avenir construit un enseignement sur mesure pour des lycéens autistes

Au lycée Honoré-de-Balzac à Paris, un dispositif unique en France accueille six jeunes qui ne trouvaient leur place ni en classe ordinaire ni en institut médico-éducatif. Pour le construire, AFG autisme s’est inspiré du fonctionnement des UEMA.
Ce 1er avril, dans le cadre de sa semaine de rencontres consacrées à l’autisme, Sophie Cluzel, secrétaire d’État en charge des personnes handicapées, a visité la classe avenir du lycée Honoré-de-Balzac à Paris. Un dispositif unique en France monté par l’Association française de gestion de services et d’établissements pour personnes autistes (AFG autisme) au statut d’unité d’enseignement externalisée (UEE) mais avec un taux d’encadrement, de l’ordre de un pour un, calqué sur le modèle des unités d’enseignements en maternelle autisme (UEMA). La classe a ouvert ses portes en janvier 2016 et les jeunes ont expliqué à la ministre combien ils se sentaient épanouis dans cet environnement.

Noé, Mamadou, Camille, Basile, Mathieu et Maxime ont entre 14 et 20 ans. Ils étudient au sein du lycée international Honoré-de-Balzac dans le 17e arrondissement de Paris dans une petite classe attenante à un bureau-salle de rééducation. Ces jeunes autistes souffrent de déficience intellectuelle mais sont verbaux et tout à fait capables de vivre en inclusion pour peu qu’on leur apporte l’accompagnement adapté. Cet accompagnement, c’est une enseignante spécialisée, une éducatrice spécialisée, deux moniteurs éducateurs, une psychologue à mi-temps, un éducateur sportif à mi-temps et des interventions de psychomotricien et d’orthophoniste (en théorie car pour l’instant le poste est vacant).

Une classe pour des jeunes sans solution

La classe avenir, c’est le « bébé » de Marie-Christine Rousseau chargée de mission d’AFG autisme qui a accompagné sa gestation depuis 2011. « Cette classe s’adresse à des jeunes sans solution qui étaient scolarisés dans un environnement non adapté soit sur des temps partiels en unité locale d’inclusion scolaire (Ulis) où ils manquaient d’accompagnement éducatif, soit en institut médico-éducatif où ils n’arrivaient plus à progresser avec des autistes non verbaux. L’un d’entre eux était même complètement déscolarisé », explique-t-elle. Elle a réussi à convaincre l’ARS Île-de-France qui finance le dispositif de façon pérenne — et en la dotation habituelle de l’IME Notre École auquel la classe est rattachée — et l’inspection académique de Paris qui a proposé l’établissement scolaire d’accueil.

« Nous ne mettons pas la priorité sur les acquisitions scolaires, reconnaît Dounia Abdelouahid, éducatrice spécialisée. Ces jeunes ont connu des parcours chaotiques et ont de grosses lacunes. Seul Maxime détient le brevet des collèges. Notre priorité c’est d’en faire des citoyens intégrés dans la société et de voir le regard de la société changer sur ces jeunes aux attitudes atypiques ». L’intégration dans la cité scolaire est plutôt réussie puisqu’à ce jour trois autistes ont rejoint l’association sportive. Les premiers temps, ils ont été accompagnés par l’équipe médico-sociale qui peu à peu s’est retirée. À l’inverse, ils ont invité d’autres élèves du lycée à participer à leur atelier théâtre et, selon l’éducatrice, l’émulation a fonctionné puisque les jeunes se sont surpassés à l’arrivée de leurs nouveaux camarades.
Un partenariat gagnant-gagnant
La porte de la classe avenir est toujours ouverte pour les autres élèves. « Certains viennent nous voir dès qu’ils ont une pause et nous n’hésitons pas à bousculer notre emploi du temps pour partager un moment avec eux car la socialisation reste un enjeu majeur de notre projet » explique Dounia Abdelouahid. Sous l’impulsion de leur professeur de gestion, des liens privilégiés se sont tissés entre la classe avenir une une classe de première sciences et technologie du management et de la gestion (STMG). Ces élèves, qui se sentent souvent relégués dans les lycées d’enseignement généraux, se sont sentis valorisés en jouant le rôle de tuteurs auprès des autistes. « Ce partenariat est gagnant-gagnant. Il a soutenu la cohésion de ma classe », commente l’enseignante. Quant au proviseur Christian Giraud, il reconnaît qu’il n’hésite pas à demander conseil à l’équipe éducative de la classe avenir sur la conduite à tenir avec d’autres élèves du lycée au profil atypique.

Le personnel de l’établissement se mobilise aussi pour accueillir les jeunes autistes en stage selon leurs aspirations, Mamadou à la restauration et Noé à la vie scolaire du collège. En stage, au sein de la cité scolaire ou à l’extérieur, le jeune commence toujours par être accompagné par un membre de l’équipe éducative qui restera présent ou s’effacera progressivement en fonction de l’évolution de la relation. Le grand projet qui mobilise l’équipe éducative, c’est le voyage scolaire à Granville (Manche) qui réunira pendant 4 jours 39 élèves de cinquième et la classe avenir autour d’un séjour tourné sur la voile, les sciences et l’histoire. « Ce projet a aussi pour objectif de favoriser la mixité sociale entre les élèves des classes internationales et ceux du quartier. Il nous a semblé tout naturel, d’y inclure les jeunes de la classe avenir », commente un des professeurs d’éducation physique. » Toutes ces actions ont permis aux jeunes de s’épanouir et de gagner en confiance.

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